Sociaago, pour plus d’inclusivité dans la distribution alimentaire

31/08/2021 | Sociaago, pour plus d’inclusivité dans la distribution alimentaire |

Donner accès au marché à de petits producteurs alimentaires tout en mettant à contribution des entreprises de travail adapté, c’est l’objectif d’Olivier van Cauwelaert, co-fondateur de la coopérative Sociaago. Découvrez ce projet de hubs logistiques durables, lauréat BeCircular 2020, et ses ambitions de taille pour un secteur alimentaire bruxellois plus inclusif et qualitatif !  

En quoi consiste le projet Sociaago ?

Sociaago est une coopérative axée sur la création de hubs logistiques pour les petits producteurs. Nous nous sommes rendu compte que, dans la chaîne de distribution des produits en région bruxelloise, les grossistes se fournissent principalement chez les grands producteurs. Les petits producteurs travaillant le sol de manière vivante et étant plus respectueux de la biodiversité ont, pour leur part, beaucoup de difficultés à accéder au marché, à cause des trop petits volumes qu’ils proposent et du manque de temps et de capacités pour s’occuper de la logistique.

Sociaago propose donc d’intervenir dans cette problématique, en mettant en commun les produits de petits producteurs en périphérie de Bruxelles avec des acheteurs et consommateurs. Concrètement, le projet agit sur deux grands axes : d’une part, de la communication, en mettant en avant les petits producteurs auprès des points de vente, et, d’autre part, de la logistique pour rassembler les produits des différents producteurs et faire le suivi de chacune des commandes.

En plus de l’accès des petits producteurs à des flux commerciaux, Sociaago œuvre également pour l’insertion sociale grâce à Manufast, entreprise de travail adapté bruxelloise, qui est à l’initiative du projet.

En quoi est-ce que le projet Sociaago s’inscrit dans l’économie circulaire ?

Le fait que nous allons mettre en place une distribution vers un ensemble de points de vente implique des trajets « aller » pour les produits, mais il faudra aussi se charger du retour. Ces retours sont à envisager sur plusieurs plans. Il y a les contenants à nettoyer, qui pourront transiter par chez nous, et les invendus, que nous allons pouvoir réorienter pour essayer de les valoriser, de les remettre dans le circuit. Prenons l’exemple du pain. Nous pouvons nous charger d’en faire de la chapelure, ou les mettre à la disposition d’acteurs bruxellois qui utilisent les invendus de pain pour en faire de la bière, faire pousser des champignons… Nous voulons être, quelque part, l’acteur rassembleur, parce qu’on va aller voir un maximum de points de vente.

A quels défis sociétaux le projet cherche-t-il à répondre ? 

Durant la période du covid, nous nous sommes rendu compte de la dépendance alimentaire de la Région. Ce que nous voulons mettre en place avec les différentes instances bruxelloises, c’est un maillon plus étroit entre des producteurs qui sont en périphérie de Bruxelles et la ville. A Bruxelles-même, nous n’avons que peu de producteurs qui produisent sur « sol vivant », où la qualité du sol est riche et permet d’avoir des produits pleins de nutriments.

Nous voulons créer une ceinture alimentaire pour la région bruxelloise, comme c’est le cas à Liège ou Namur. Bruxelles n’a actuellement pas cette ceinture alimentaire, ce qui fait qu’on alimente la ville uniquement par les grossistes qui travaillent avec de toutes grosses cultures. Il faut que nous puissions avoir nos maraîchers dédiés qui vont alimenter, avec des produits sains, les différents créneaux de la région bruxelloise. 

Comment comptez-vous concrètement déployer ces hubs logistiques ?

Nos premiers développements sont pour des transformateurs de la région bruxelloise qui sont à la recherche de solutions de logistique. Leur métier est de créer un produit, de le présenter et de le vendre, mais la logistique, pour une PME, est souvent très lourde. Très rapidement, nous avons reçu des demandes pour des produits frais, des fruits et légumes, des fromages, etc. Aujourd’hui, nous sommes en train d’introduire une demande auprès de Citydev afin de pouvoir construire un grand entrepôt à Berchem-Sainte-Agathe, pour accueillir toute cette logistique durable. Nous voulons avoir une réflexion globale, donc nous testons un premier concept pour le nord-ouest de Bruxelles, et si cela fonctionne bien, il faudra créer d’autres hubs, aux quatre coins de Bruxelles, et collaborer pour livrer en fonction des producteurs.

Est-ce qu’augmenter l’accès des petits producteurs au marché bruxellois peut être une solution pour permettre un approvisionnement alimentaire totalement local ?

Au niveau national, les producteurs bio représentent 3% de part de marché. Cela ne permet pas d’alimenter l’entièreté d’une ville, mais nous sommes sur du circuit court, avec de petits producteurs qui sont mis en avant, et, in fine, c’est cela le modèle. Je sais qu’on ne parviendra pas à alimenter tout Bruxelles, mais on parviendra à créer, en tous les cas, pour ceux qui le souhaitent, un accès à une alimentation saine, avec, normalement, des produits qui ont plus de micro et macro nutriments qu’un produit comparable venant d’un grand producteur.

Comment est-ce qu’un projet comme ceci participe à la transition de la région ?

Nous voulons que notre projet devienne une référence, qu’elle prouve que la création de ceintures alimentaires par la collaboration avec les petits producteurs peut fonctionner, même dans une grande ville comme Bruxelles. Le dossier ambitieux que nous venons d’introduire auprès de Citydev.brussels devrait nous permettre de devenir la référence de la logistique durable pour la région bruxelloise. Nous proposerons aussi des mètres carrés à l’intérieur de notre hub à d’autres entreprises, parce que ce hub doit être plus large que notre activité et créer un mouvement régional.

Quelles sont les prochaines étapes pour Sociaago ?

Aujourd’hui, Sociaago reçoit déjà ses premières commandes, qui proviennent de transformateurs. Pour les premiers petits producteurs, nous aimerions être prêts pour le 2e semestre de l’année prochaine.  Nous aurons bientôt l’accord pour notre bâtiment, nous effectuerons les travaux les premiers 6 mois et nous devrions pouvoir commencer à livrer au moment de la haute saison 2022.